Comment rentabiliser l'improductive folie ?

Comment rentabiliser l'improductive folie ? ou la logique paranoiaque à l'oeuvre dans les institutions de soins.

 

Depuis de nombreuses années ,la psychiatrie publique a toujours été le parent pauvre des hôpitaux, c'est d'autant plus vrai quant celle-ci est attachée à un hôpital général.
La politique dîte du "secteur " s'est néanmoins mise en place grâce notamment au militantisme des soignants et à la conviction de ceux-ci qu'il s'agissait d'une  idéologie qui portait les soins vers une vision humaniste de la maladie mentale.
 
Les décideurs médico administatifs laissaient alors l'orientation des soins aux acteurs de terrain qui étaient au contact des patients. On leur reconnaissaient une compétence ,un savoir ,un savoir faire et un savoir être.
 
Et puis, dans le monde qui est le nôtre ,certains se sont dit que finalement les difficultés psychiques pouvaient s'inscrire comme quelque chose de rentable succeptible de rapporter de l'argent à d'autres.
 
Il faut alors classer,objectiver ,rationnaliser sous couvert des maîtrises des dépenses . La folie doit rapporter mais ne pas couter trop chère pour que les bénéfices soient maximun.
 
Exit la psychanalyse ,les psychothérapies institutionnelles ,trop longues ,trop impalpables ,trop engagées dans des considérations humanistes. Les "troubles" remplacent les structures psychopathologiques (troubles cognitifs,troubles bi polaires ,troubles des conduites alimentaires comme autant de troubles à l'ordre public.)
 
Bienvenue à l'ordre, à la quantification et aux protocoles. Des nouvelles perceptions de la maladie mentale apparaîssent ,envisagées comme une forme de déviance par rapport à un homme normé,productif et docile .
 
Mais qu'importe ,déstucturation des équipes ,formation professionnelle réorientée,primat de la traçabilité et de l'informatique (avec son appauvrissement clinique),pénurie de personnel amène petit à petit à traiter des symptômes et non plus des personnes.
 
Evidemment, les laboratoires pharmaceutiques sont de la partie,le secteur lucratif  privé se frotte les mains.
 
Les patients (pardon les usagers de la psychiatrie) sont priés de quitter l'hôpital ,c'est pour leur bien nous explique t-on.
 
Quant aux soignants ,ils craignent un retour à une psychiatrie vidée de toute sa substance et de son humanité, débarassée de dizaines d'années de travail cliniques ,de recherche et de réflexion.